19.06.2008

En l'absence des hommes - Philippe Besson

En l’absence des hommes – Philippe Besson

C’est l’été 1916, Vincent a seize ans, c’est un jeune bourgeois beau et cultivé. Il semble intouchable, indifférent à ce qui peut se produire autour de lui : il vit une existence tranquille dans l'hôtel particulier familial. Pourtant, autour de lui, à l’extérieur, c’est bien l’horreur de la Grande Guerre qui frappe de nombreuses familles. Cet été aurait pu être celui de l’insouciance et des rencontres légères et sympathiques dans Paris, ce ne le sera pas. L’été 1916, la vie de Vincent bascule, grâce à deux rencontres qui vont lui ouvrir les yeux, le cœur et l’esprit. Les deux rencontres essentielles de sa vie, le même mois.

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La première rencontre, c’est avec Marcel P., écrivain célèbre et d’âge mûr (qui, selon toute vraisemblance, semble être Marcel Proust) avec lequel Vincent va nouer une relation amicale bien que parfois ambiguë. En effet, l’un et l’autre l’appelle bien trop souvent « amitié » pour qu’elle ne cache rien d’autre.

La deuxième rencontre, c’est Arthur, un soldat de 21 ans qui, profite d'une permission pour rendre visite à Blanche, sa mère, qui est la gouvernante de la famille de Vincent. Mais avant de rejoindre le front, l’horreur et la mort à Verdun, Arthur profite de ce séjour à Paris pour rentrer dans la vie bien tranquille de Vincent en lui déclarant son amour. . Durant sept nuits, ils vont se découvrir, s'aimer d'un amour fou, pur, sans contrainte. Débute alors le formidable « en l’absence des hommes », le premier roman de Philippe Besson.

Il se dégage de ce roman une énergie et une hargne incroyables, une envie de vivre, un véritable appétit d'amour et aussi beaucoup de désillusion et de tristesse, de bonheurs et de souffrances. Car, s’il est beaucoup question de guerre, elle sert aussi de décor et de contexte à une histoire d’amour très forte; D’ailleurs, peu d’importance qu’elle lie deux hommes. Comme dans «un homme accidentel» , le dernier ouvrage de l’auteur, je ressens le même sentiment : on fait complètement abstraction qu’il s’agit de deux hommes, et l’on rentre de plein fouet dans ce torrent d’amour.

Sur le style, c’est tout en finesse et en sensibilité, et en pudeur, y compris sur les scènes érotiques. Les mots trouvent en permanence le chemin du cœur. Certes, la première partie en style narratif, avec des discours rapportés avec des « je dis » et « tu dis » en permanence, m’a un peu déconcerté, voire même agacé. Mais le contenu est tellement beau qu’on s’y fait finalement assez vite. Par contre, les échanges épistolaires qui composent la seconde partie sont bouleversants. Je n’évoquerai pas non plus la partie finale, qui nous emmène en émotion et en surprises vers un dénouement saisissant et déchirant.

J’ai lu une critique de ce livre
 qui disait « Avec ce magnifique roman, on sait que ce l'amour veut dire ». C’est une jolie explication de « en l’absence des hommes »

08.06.2008

La classe de neige - Emmanuel Carrère

La Classe de neige – Emmanuel Carrère


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« Les folies et l’horreur ont obsédé ma vie » : c’est signé Carrère, dans l’époustouflant « roman russe » dont il est l’auteur et qui raconte un bout du chemin de l’être exécrable qu’il peut-être, mais si pétri de talent et de génie. Je suis fasciné par ce personnage, et par sa littérature, je suis fasciné par ces obsessions, et je me devais de lire l’exhaustivité de son œuvre. C’est le pourquoi de ma lecture cette semaine de « la classe de neige », Prix Fémina 1995, et adapté au cinéma quelques années plus tard par Claude Miller. Bien entendu, je n’étais pas certain d’apprécier le livre, d’autant plus que j’en étais resté à la page 99 de l’amie du Jaguar, son premier roman, dont je n’ai pas encore compris le sens. Mais, « La Moustache », « l’adversaire » et en effet « un roman russe » font partie indiscutablement de ma bibliothèque fétiche. « La Classe de neige » la rejoindra t-elle ?

Nicolas a 9 ans. Il doit participer à une classe de neige pendant 13 jours avec ses camarades de classe. Mais ce n'est pas un garçon comme les autres - c'est un enfant inquiet,fragile, angoissé d’autant plus qu’il va perdre pendant plus d’une semaine la protection de parents omniprésents. Pour preuve, le père décide d’aller conduire son fils lui même au chalet, malgré les 400 kilomètres, contre l’avis des instituteurs soucieux d’une bonne intégration, et ce par crainte des accidents d’autobus ! Malheureusement, en le laissant, il oublie de lui remettre son sac et Nicolas se retrouve avec rien d'autre que les vêtements qu'il porte. Et les heures et les jours passent sans que le père ne rapporte le sac oublié dans la voiture. Nicolas commence à comprendre qu’il se passe quelque chose de bizarre et nous fait partager ses terribles angoisses. Peu à peu, Carrère nous transmet le malaise grandissant du gamin qui nous font penser que le pire n’est pas loin. L’ambiance, est, comme souvent avec Carrère très lourde, pesante, voire malsaine, et on sait que le drame est au bout du roman. On ne peut s’empêcher d’avancer vite, de savoir si ce qu’on a deviné est vrai. Et on a mal , on angoisse également, on s’attendrit, on est terrrifiés, on prend pour pitié pour Nicolas…

Et c’est à nouveau formidablement écrit. On partage les angoisses de Nicolas, comme si on était avec lui, dans ce chalet, comme si on le suivait, dans ses escapades nocturnes, comme si on l’accompagnait sur son chemin..
Carrère parvient, insidieusement, à nous persuader de l'imminence d'un danger. On ressent la menace comme si elle planait sur nous ; C’est du grand art.

31.05.2008

Odette Toulemonde et autres histoires - Eric Emmanuel Schmitt

Odette Toulemonde et autres histoires – Eric Emmanuel Schmitt

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Beaucoup de fans d’Eric-Emmanuel Schmitt avaient été déçus par « Odette Toulemonde et autres histoires», son premier recueil de nouvelles … Moi, j’ai beaucoup apprécié le second « la rêveuse d’Ostende », et notamment la nouvelle titre, qui m’a beaucoup marqué, ainsi que le style de l’auteur, son phrasé et son sens de la formule. D’autre part, pour avoir depuis lu pas mal de choses sur lui et nombre d’interviews, je trouve que c’est quelqu’un de subtil et de charmant, et je voudrais rapidement découvrir ses œuvres majeures, telles que « la part de l’autre » qu’on m’a décrit comme bouleversant..

Mais c’est vrai que parfois, ces histoires de femmes en quête de bonheur nous laissent un peu sur notre faim. C’est étrange à dire, et sans doute pas très respectueux de ma part, mais j’ai même tendance à trouver certains mécanismes rédactionnels assez faciles, mais on mettra cela sur le compte d’un livre « vite écrit » comme il l’explique lui-même… Mais Eric Emmanuel Schmitt est quand même un magnifique conteur de belles histoires, et j’ai tendance à vite pardonner aux gens que j’aime.... Car franchement, il n’y a en effet rien à redire sur le style, léché, propre, sur la description des personnages et des situations ; rien à dire non plus sur la maîtrise d’un certain suspens car toutes les nouvelles sans exception m’ont donné envie de tourner les pages et de connaître la fin de l’histoire….Non, il baigne juste dans l’athmosphère comme un léger goût d’inachevé quand même… mais rien de grave..

Rien de grave, car je ne regrette pas du tout cette lecture. Le livre nous permet, à travers ces histoires de Monsieur et Madame tout le monde, de réfléchir sur notre quotidien, nos faiblesses, nos lâchetés, certaines douleurs de la vie… avec toujours de la part de l’auteur une énorme capacité de tolérance, de respect et de compréhension.. Il y décrit souvent des êtres blessés qui s’interrogent sur eux. Il les décrit toujours avec bonté. Non, vraiment, Eric-Emmanuel Schmitt est vraiment un type bien !
Alors, même si « Odette Toulemonde et autres histoires » n’est évidemment pas le livre du siècle, il mérite qu’on s’y attarde avec tendresse, et qu’on écoute la douce musique qui émane de mes deux coups de cœur du recueil : « la Princesse aux pieds nus » ainsi que « le plus beau livre du monde » qui m’a d’autant plus touché car il s’agit d’une histoire de femmes en prison… une douce musique tout en douceur et en émotion.

18.05.2008

J'étais derrière toi - Nicolas Fargues

J’étais derrière toi – Nicolas Fargues

« J'étais derrière toi" , c’est l’histoire d’un classique : un homme trentenaire marié deux enfants, dont le couple bat de l'aile va passer un week-end chez ses parents en Toscane. Dans un restaurant, le serveur lui remet un billet écrit par une jeune femme avec juste ces mots "j'étais derrière toi" et un n° de téléphone. Cette petite phrase anodine mais symbolique va changer sa vie.

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"Pendant tout ce temps, toutes ces années, j'étais juste derrière toi, pas très loin, et tu ne m'as pas vue...")

C’est vrai que ça ne va pas fort pour le héros au moment de son escapade italienne. Longtemps heureux, mari fidèle et amoureux, il connaît un premier « bug » en flirtant avec une danseuse de passage dans la ville, a Tanambo, au Madagascar. L’épisode, qu’il avoue a sa femme Alexandrine, se transforme en cauchemar, avec une scène de violence conjugale d’une douleur monumentale. Malgré sa volonté de se racheter, son épouse lui maintient la tête sous l’eau, le tyrannise, l’humilie et décide de le tromper également. Alors quand le destin lui met Alice dans la tête et dans le cœur, la vie bascule.

«Moi qui ne drague jamais, le désespoir me rendait prêt à tout.»

La jolie et cultivée étudiante italienne l'entraîne bien vite dans un monde de délices. Il se sent revivre. Car le personnage est attachant, et on a envie qu’il vive, qu’il sorte des griffes de sa tyrannique Alexandrine et qu’il aille chercher pour toujours Alice à Romanze. On aime ses ambiguités : incapable d’assumer, en recherche permanente d’affection et de romantisme.

« J'ai du mal à imaginer qu'on puisse faire l'amour avec quelqu'un, même d'inconnu, même une unique nuit, sans qu'un lien fort en résulte. Deux corps qui se sont pénétrés, deux peaux qui se sont frottées l'une contre l'autre, deux salives qui se sont échangées, se doivent des comptes, on ne peut pas s'en tirer comme ça, même si chez la plupart des gens, de fait, ça n'engage à rien."

Alors, on le suit, on l’encourage, on a mal pour lui, on sent son cœur se déchirer de douleur quand l’absence d’Alice lui fait mal. On est au plus près de lui, car, en plus, pour nous raconter tout cela, Nicolas Fargues a choisi une forme originale puisque le narrateur s'adresse au lecteur en direct, dans un style presque parlé. L’effet est intéressant d’autant plus que le livre est d’un seul tenant, sans chapitres, ni même paragraphes.

J’ai passé un agréable moment a la lecture de ce roman, dévoré en quelques heures. Nicolas fargues a une écriture sage, mais un style vif et a de vrais parti pris, tant dans la rédaction, que dans certaines thèses développées. Il mérite d’être découvert.


09.05.2008

Chaque femme est un roman - Alexandre Jardin

On croit d’abord qu’Alexandre Jardion va nous raconter sa vie. Sa façon serait de le faire à travers les femmes qui ont compté pour lui.
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Et Il y en a, dont certaines sont sacrément félées, d’autres sacrément amoureuses de lui, d’autres sacrément étonnantes : la voisine d’en face qui fait l’amour fenêtre ouverte, une lesbienne paparazzo qui garde l’oreille d’une de ses victimes dans le formol, sa compagne prénommée Liberté (c’est un prénom, ça ?) qui ne veut pas l’épouser, une Japonaise exaltée qui le confond avec Daniel Pennac et se refuse donc à lui au dernier moment, une romancière indienne qui claque sa fortune en cinq jours à Rome avec Gérard Depardieu , une gérante de cinéma qui retouche la fin des films quand ils sont tristes… etc….Et surtout sa mère. Mme Jardin, qui bouscule le quotidien, refuse les habitudes, brûle les livres, vend ses maisons à l’insu du plein gré de tout le monde et exige de ses amants qu'ils se fassent tatouer un point d'interrogation sur leur sexe !!...
Comment croire à la moitié de ces histoires ???, Et non, on ne croit pas une seconde à ces aventures farfelues, et c’est ça qui nous étonne !! Alors, certains jugeront cela agaçant. De toute façon, il est agaçant. Et c’est sans doute encore plus agaçant pour ceux qui le trouvent agaçant de le voir en tête de gondole, invité des plateaux et leaders des hits parades… mais quel phrasé ! Moi, j’adore son style ! Il redonne du lustre aux adjectifs, il met de la sensibilité dans chaque virgule, il écrit malin comme un singe, à la fois modeste et égocentrique, délirant et sérieux, respectueux et grossier ! C’est d’un enthousiasme fou, chaque page est un courant d’air de plaisir ! Il accélère, il ralentit, il rit, il s’étonne, il revient, nous questionne : un vrai jeu avec les histoires, avec les mots, avec nos vies, pour mieux en comprendre certaines choses.
C’est vrai qu’au départ, j’avais espéré portraits disons plus….réalistes, mais c’est vraiment un livre léger et drôle qui se lit avec grand plaisir.
Après coup, le titre de son livre sonne aussi comme un vrai clin d’œil : « chaque femme est un roman ». Ce livre pseudo-autobiographique est un véritable roman. Et je ris de ce commentaire idiot d’un libraire lu dans un forum internet « Jardin veut encore nous parler de lui sur plus de 300 pages, mais se rend-il compte qu’il n’intéresse personne ? ».

Et alors, je pense aux propos de son éditrice, Françoise Verny, qui lui aurait dit « Echappe-toi du piège de la sincérité. Ecrire du roman, c'est duper les autres et soi-même avec enthousiasme. » Mission réussie M. Jardin !

Dils – Heaulme : Contre-enquête sur un fiasco judiciaire

Dils – Heaulme : Contre-enquête sur un fiasco judiciaire - Emmanuel Charlot

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Faire justice est bien. Rendre justice est mieux." V. Hugo.

Qui me connaît un peu sait quel intérêt je porte aux enquêtes criminelles, et plus encore, à l’erreur judiciaire. Touché de près dans ma famille par une terrible erreur judicaire, je me suis toujours passionné pour ces drames humains. De Dreyfus aux Innocents d’Outreau, plusieurs affaires sont de véritables passions pour moi : Dominici ensuite, Ranucci , Seznec bien sûr, et enfin Patrick Dils. Malgré de nombreuses lectures, je ne suis pas encore convaincu de l’innocence du patriarche Gaston Dominici et du guillotiné Christian Ranucci. D’abord parce qu’il y a de nombreuses zones d’ombres dans ces deux affaires, et ensuite parce que la personnalité de leurs principaux défenseurs : William Reymond pour Dominici et Gilles Perrault pour Ranucci, est très trouble. Mais j’aurais l’occasion de revenir sur ces deux affaires, ainsi que sur celle de Guillaume Seznec, dont je suis persuadé de l’innocence.
En ce qui concerne Patrick Dils, je suis intimement convaincu que ce jeune homme a passé 15 ans de sa vie en prison pour un meurtre pour lequel il n’a strictement rien à voir. Si vous en doutez, il vous faut absolument lire cette contre-enquête passionnante et menée sans parti pris, avec une intime conviction, celle de la recherche de la vérité. Plus on découvre l’enquête, plus on est sidéré par la légéreté avec laquelle on a mené l’enquête et avec laquelle on la mène toujours.
L’innocence de Dils est prouvée, indiscutable, imparable. On y constate que les prélèvements de base n’ont pas été faits (les pantalons portés par les enfants n’ont pas été conservés comme pièce à conviction), les interrogatoires n’ont pas respecté les procédures (et on comprendra ces fameux aveux), des photos de la scène du crime ont été égarées, des témoins délibérément oubliés… on y verra que pas moins e 2 individus avant Dils ont avoué le meurtre au brillant inspecteur Varlet. On s’interrogera aussi qu’un seul homme a réussi à décrire précisément les tenues des enfants ce jour-là alors qu’aucun article de presse ne l’a mentionné etc… une accumulation de bévues et d’actes délibérés pour enfermer au plus vite un adolescent fragile et timide : Patrick Dils. Ce livre est la démonstration qu’on a fabriqué une erreur judiciaire.
Pour ceux qui ne connaissent pas bien l’affaire, une de ses particularités consiste aussi à la présence du tueur en série Francis Heaulme sur les lieux du meurtre l’après-midi même du meurtre. Retrouvé en sang par des pêcheurs en fin de journée, leur avouant « avoir fait une connerie » ….
Plus de 20 ans après ce double meurtre affreux, après 3 procès d’assise, Patrick Dils a enfin été acquitté et Heaulme a bénéficié d’un non-lieu. Les familles de cyril beining et alexandre beckrich, huit ans au moment des faits, ne connaissent pas l’assassin de leurs enfants. Car, c’est bien entendu aussi à eux qu’il faut penser : les victimes. Et Emmanuel Charlot ne connaît jamais l’impair d’oublier que ce sont eux les premières victimes de ce fiasco. Aujourd’hui, il est impensable que l’on laisse durer ce scandale encore longtemps. A son deuxième procès, Patrick Dils a fait appel alors qu’il aurait pu espérer une libération rapide, avec le jeu des remises de peines. Il souhaitait l’acquittement, et la vérité ; elle doit enfin éclater.

17.04.2008

Se résoudre aux adieux - Philippe Besson

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« Aimer, ce n’est pas emprunter des routes toutes tracées et balisées, c’est avancer en funambule au dessus des précipices et savoir qu’il y a quelqu’un au bout qui dit d’une voix douce et calme : avance, continue d’avancer, n’aie pas peur. Tu vas y arriver, je suis là »


« Se résoudre aux adieux », c’est un sujet banal, traité des milliers de fois. Un couple se sépare, on essaie de surmonter son chagrin. Les plus belles histoires en littérature sont des histoires d’amour. Avec ce roman paru en janvier 20007, Philippe Besson n’est tombé dans un aucun piège et a réalisé un ouvrage magnifique, un coup de coeur que je n’oublierai pas de sitôt.
Louise est amoureuse de Clément, mais il la quitte pour Claire, la femme qu’il avait quittée pour Louise. Cette dernière, chroniqueuse, décide donc de fuir de Paris, d’abord direction Cuba et La Havane. Mais même au bout du monde, rien ne la détourne de ses pensées pour son amant. Elle décide de lui écrire de longues lettres. Au début, ce sont des appels, des bouteilles à la mer, de vrais SOS. Puis l’évidence s’imposera : c’est pour elle-même que Louise écrit ces lettres, inévitable étape de son procesus de guérison.

« Oui, je me doutais que tu ne répondrais pas. Cependant, contre l'évidence, et même contre la raison, je cherchais à n'exclure aucune hypothèse. Sans me l'avouer, je songeais : un courrier de lui est hautement improbable mais pas tout à fait impossible. Tu vois, en dépit de mes affirmations, je n'en ai pas encore terminé avec l'espoir. »

Car en effet, les réponses de Clément n’arriveront jamais. On ne saura même pas s’il les lit. Après Cuba, Louise file vers New York puis Venise, l'Orient Express et même Paris où s'achève son exil. Ses lettres, poignantes et émouvantes évoquent les souvenirs de ce couple amoureux, les jours heureux et les disputes, les espoirs et l’abandon. On vit avec pudeur ses états d’âmes, ses doutes la force de cette formidable histoire qu’elle a vécue avec Clément, et la violence de la rupture.

« J’aurai pû te faire des reproches, des scènes même, mais ce n’est pas mon genre, je tiens en horreur les gens qui se donnent en spectacle ainsi que les récriminations ostentatoires. Je m’enfermais chez moi, je débranchais le téléphone, je me passais de vieux films en vidéo. Il y en a que je ne suis même plus capable de revoir car ils me ramènent inévitablement à ces heures de détresse. Paris Texas par exemple. Oui, il m’est devenu impossible de regarder Paris Texas. J’ai même cessé d’essayer »

On la voit analyser les étapes de sa relation, regrettant des attitudes, se souvenant des mots et des silences, décortiquant ce qui aurait pu changer le cours de l’histoire. On a mal avec elle. On espère avec elle. Et on revit avec elle quand elle rencontre un autre homme avec qui elle veut faire sa vie.

« Aujourd’hui, avec le retour de l’été, avec la belle lumière, les reflets dans les fenêtres entrouvertes, j’ai l’impression que Paris ressemble à une peinture de Bonnard. C’est éclatant »

Jusqu’au bout, on va croire à une possible rencontre avec Clément. Elle n’arrive que dans ses pensées. Décrite dans une formidable fin pourtant sans surprises, cette rencontre et le dialogue qui s’installe entre les deux donnent lieu à un véritable bijou de littérature qui tient en haleine à la seule force du style. Un paragraphe superbe de 4 pages, d’un seul tenant, sans pause, où l’on retient son souffle pour aller jusqu’au bout avec la même émotion que Louise. Un final absolument époustouflant.


« Je pense qu’il faut régler son passé, il faut arriver à le ranger dans un beau livre d’images que l’on pourra plus tard regarder avec nostalgie. Le but est de faire en sorte que son passé ne fasse plus mal. On n’oublie rien, on vit avec ses souvenirs et on essaye de les dominer pour qu’ils ne nous blessent plus. » ; Philippe Besson.

12.04.2008

Camarades de classe - Didier Daeninckx

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Grands plaisirs à la Fnac en ce mois de mars ; d’abord celui de voir les sorties prochaines des nouveaux albums de Grand Corps Malade et Cabrel, d’un live des Fatal Picards et d’un nouveau roman signé d’Alexandre Jardin, que je me dois de lire car je suis nostalgique de son formidable « Fanfan » que j’avais adoré à sa sortie en 1993 et qui doit être mon premier roman contemporain «Qui dit que je suis fou, ne l'a jamais été d'amour.»

Ensuite, plaisir encore en repartant des caisses avec « camarades de classe », le dernier Didier Daeninckx en main. Je n’ai jamais été déçu par les oeuvres de cet écrivain engagé qui mêle avec succès politique et polar, histoires vraies et fiction. « Meurtres pour mémoire » est pour moi une référence absolue, un monument d’Histoire qui met à la lumière l’affreux massacre des Algériens en Octobre 61 orchestré par Papon, et l’avant-dernier en date, « Histoire d’un salaud ordinaire » est un magnifique pamphlet sur 40 ans d’histoires de France entre Vichy et Algérie, trahisons et manigances.

Dans « camarades de classe », la narratrice, Dominique, est une femme bien dans sa peau, bientôt la soixantaine, qui œuvre avec succès dans la publicité. Elle tourne des spots au Maroc avec Zidane et Chabat ou fait des campagnes de communications pour le Conseil Régional du Nord Pas de Calais ;-). Son mari, François, est cadre dans un grand groupe pharmaceutique, mais son poste est menacé à cause d’une restructuration, et cette perspective le mine. Un jour, Dominique intercepte un peu par hasard un e-mail destiné à son mari, et provenant d'un ancien ami de lycée qui tente de renouer le contact grâce au site internet, 'camaradesdeclasse.com'. Dominique répond à l'insu de son mari et se retrouve au cœur des destins et des confidences de ces camarades de lycée des années pré-1968. S’y affrontent les visions contradictoires du même passé, les divergences de vues entre les agités de Mai 1968 et les communistes, les incompatibilités d’humeur, les jalousies, la guerre d’Algérie…
À certains moments, c’est du Daeninck pur et dur, au cœur des luttes libertaires et révolutionnaires, au cœur de la jeunesse qui pouvait « mourir a 30 ans », revisitant avec vérité les points noirs de notre histoire. Par contre, je suis resté aussi parfois sceptique sur ce même Daeninckx modernisé par Internet et par les outils d’aujourd’hui et qui perd peut-être un peu de sa « violence » et de sa passion. D’autre part, en spécialiste du suspens qu’il est, il nous livre un final très surprenant, voire saisissant, un peu étrange.. et que je vous laisserai juger par vous-mêmes tant il me laisse très pensif…
Au final, c’est un livre qui se lit avec un vrai plaisir…mais que j’oublierai bien plus vite que les monuments précités.

11.04.2008

L'égoiste romantique - Frederic Beigbeder

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Je croyais que j’adorais Beigbeder. En tout cas, je suis absolument fan de "L’amour dure trois ans", de" 99 francs" et "Windows on the world" est l’un de mes romans préférés. Je m’en excuse auprès de ceux que je déçois. Sincèrement. À un degré moindre, certains passages d’"Au secours pardon" m’avaient enthousiasmé, et notamment ceux où il parle d’amour. Et c’est vrai que "Vacances dans le coma" et "Mémoires d’un jeune homme dérangé" ne m’avaient pas laissé un souvenir impérissable.
Mais là ! Quelle déception a la lecture d’un opus que j’avais oublié d’acheter à sa sortie (encore heureux : j’ai gagné 10 euros !) : l’égoïste romantique, où Beigbeder écrit sous le patronyme d’oscar Dufresne un pseudo journal où il alterne tout ce qui lui passe par la tête et par la queue. Anecdotes de la vie des nuits parisiennes, rencontres en discothèques, soirées mondaines, jolies filles, et parfois quelques observations sur le minuscule monde qui entoure Beigbeder. Sur quelques lignes en effet, au détour d’un rail de coke, on peut apprécier quelques réflexions sur la société, la politique, l’amour (qui reste sans doute le domaine dont il parle mieux)…. Mais c’est beaucoup trop peu. Mais c’est quoi son monde à lui?
On se contentera donc de quelques anecdotes drôles, de jolies tournures de phrases et de quelques réflexions lucides, dont celle-ci : "A tous les critiques que je déçois, je voudrais, une fois pour toutes, dire que je suis d'accord avec eux. Moi aussi, j'aimerais bien que mes livres soient meilleurs." Moi, je ne suis pas critique, je suis lecteur, je trouve que Beigbeder est un personnage touchant, je suis sûr que l’on ne peut pas écrire " Windows on the world" sans émotion et sans un talent que l’on fait exploser à travers les pages. Malheureusement, ce n'est pas le même Beiogbder que l'on aperçoit à travers ce journal intime presque facile, parfois plaisant, mais tellement inutile et où l’on tourne en rond si longtemps sans trouver d’issue autre que la déception.
Plus que jamais, j’attends le prochain avec impatience.

23.03.2008

Chronique d'une liaison dangereuse

Chronique d'une liaison dangereuse - Paul Henri Blanrue & Chris Lafaille 

 

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Il est président. Elle est une star sexy et sulfureuse. Le 15 décembre 2007, Nicolas Sarkozy  se laisse photographier avec la belle Carla Bruni devant la parade de Disneyland Paris. La semaine précédente, il avait reçu en grandes pompes le terroriste khadafi. Ils s'aiment. Comme dans un conte de fées. C’est  l’histoire d’une passion de l’Etat. Le récit d'un coup de foudre à haut risque entre une libertine romanesque et un président divorcé.

Mais le livre de  Paul-Eric Blanrue, et Chris Laffaille n’est pas une fiction, c’est une histoire vraie ! C’est celle du coup de froude du président français pour la belle et richissime mannequin et chanteuse Carla Bruni.

La France a changé d’époque. Pas vraiment d’avoir lu le livre pour le savoir, mais à travers cette enquête, on découvre apogée du décloisonnement entre vie privée et vie publique au plus haut niveau de l’état.

Au final, on s’amusera du fameux « listing » des prétendants de Carla, des petites anecdotes des voyages semi-privés, semi-publics, du récit du fameux dîner chez Séguela.  

Car, même si ces deux journalistes brillants et habitués de sujets plus  sérieux disent avoir livré un vrai travail journalistique, « Chronique d’une liaison dangereuse », c’est surtout  un recueil d’anecdotes, dont notamment des infos terribles sur la personnalité de Carla Bruni : «Elle jette les hommes, elle crée des conflits terribles, elle a laissé son rouge à lèvres dans la salle de bains de Mick Jagger pour que Jerry Hall le trouve.»

«Mais l’histoire la plus «juteuse» demeure son union avec le philosophe Raphaël Enthoven, avec qui elle a eu un enfant. Le hic, c’est qu’elle sortait avec… le père de Raphaël à l’époque. Raphaël était lui-même en couple avec l’écrivaine Justine Lévy, fille de Bernard-Henry Lévy. Cette dernière s’est d’ailleurs vengée dans un ouvrage au vitriol, décrivant un personnage au nom de Paula de «sourire de Terminator et visage au formol». Dans une entrevue à l’hebdomadaire Marianne, elle n’hésite pas à la traiter de «fouteuse de merde».

Bref, je me suis amusé, avec un petit coté voyeur, c'est vrai. Mais un voyeur sans gêne car c’est Sarkozy lui-même qui a fait mettre des centaines de trous de souris dans ses portes. Et s’ils sont vraiment amoureux, je leur souhaite beaucoup de bonheur, et je lui souhaite à lui beaucoup de courage. S’il est vraiment amoureux.

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