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18.04.2008

Moi, Albert Jacquard, ministre de l'éducation, je décrète

Le 22 mars 1999, Albert Jacquard faisait paraître cette tribune dans l’Humanité. Longtemps, j’ai affiché la page sur les murs de ma chambre d’étudiant à Lille. J’ai retrouvé ce texte grâce à Internet. J’adore ce Monsieur. Simplement.
Mais c’était déjà il y a 9 ans…
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Moi, Albert Jacquard, ministre de l’Éducation, je décrète :
Par Albert Jacquard

Préambule : L’Éducation nationale ne doit pas préparer les jeunes dont l’économie ou la société ont besoin. La finalité de l’éducation est de provoquer une métamorphose chez un être pour qu’il sorte de lui-même, surmonte sa peur de l’étranger, et rencontre le monde où il vit à travers le savoir. Moi, ministre de l’Éducation nationale, je n’ai qu’une obsession : que tous ceux qui me sont confiés apprennent à regarder les autres et leur environnement, à écouter, discuter, échanger, s’exprimer, s’émerveiller. À la société de s’arranger avec ceux qui sortent de l’école, aux entreprises d’organiser les évaluations et la formation de leur personnel à l’entrée des fonctions. Il faut que les rôles cessent d’être inversés : l’éducation nationale ne produira plus de chair à profit.

Article premier : Il faut supprimer tout esprit de compétition à l’école. Le moteur de notre société occidentale est la compétition, et c’est un moteur suicidaire. Il ne faut plus apprendre pour et à être le premier.

Article deuxième : L’évaluation notée est abandonnée. Apprécier une copie, ou pire encore, une intelligence avec un nombre, c’est unidimentionnaliser les capacités des élèves. Elle sera remplacée par l’émulation. Ce principe, plus sain, permettra la comparaison pour progresser, et non pour dépasser les camarades de classe. Mettre des mots à la place des notes sera plus approprié.

Article troisième : Les examens restent dans leur principe, sachant que seuls les examens ratés par l’élève sont valables. Ils sont utiles aux professeurs pour évaluer la compréhension des élèves. Mais les diplômes ou les concours comme le baccalauréat sont une perte de temps et sont abolis. Sur tous les frontons des lycées figurera l’inscription : " Que personne ne rentre ici s’il veut préparer des examens. "

Article quatrième : Les grandes écoles (Polytechnique, l’ENA…) sont remises en question dans leur mode de recrutement. La sélection, corollaire nécessaire de la concurrence, et qui régissait l’entrée dans ces établissements, ne produisait que des personnalités conformistes, incapables de créativité et d’imagination. Pour entrer à l’ENA, des jeunes de vingt-cinq ans devaient plaire à des vieux de cinquante ans. Ce n’était pas bon signe.

Article cinquième : Les enseignants n’ont plus le droit de se renseigner sur l’âge de leurs élèves. Les dates de naissances doivent être rayées de tous les documents scolaires, sauf pour le médecin de l’école. Il n’est plus question de dire qu’un enfant est en retard ou en avance, car c’est un instrument de sélection. Chacun doit avancer sur le chemin du savoir à son rythme, et sans culpabilisation ou fierté par rapport aux camarades de classe. Par contre, un professeur a le devoir de demander à l’élève ce qu’il sait faire pour adapter son enseignement, éventuellement programmer un redoublement. Le redoublement est d’une réelle utilité s’il n’a pas de connotation de jugement.

Article sixième : Chaque professeur sera assisté d’un professeur de philosophie. Il faut en effet doubler l’accumulation des connaissances d’une approche par les concepts. Il faut en particulier passer par l’histoire des sciences, resituer les connaissances par rapport aux erreurs historiques d’interprétation des savoirs. Il faut que les élèves aient conscience des enjeux politiques qui se cachent derrière le progrès scientifique. On pourra rester quelques semaines sur un même concept, plutôt que de saupoudrer du savoir dans chaque cours.

Article septième : Le travail des professeurs par disciplines est annulé au profit du travail en équipe. La progression du travail des classes ne doit pas être perturbée par des impératifs de programme.

Article huitième : Chaque personne disposera dans sa vie, vers la fin de la trentaine, de quatre années sabbatiques afin de faire le point, se réorienter, apprendre d’autres choses. Chacun a le droit de vouloir changer de métier ou de vocation, parce qu’il n’est pas évident de se déterminer définitivement à dix-huit ans.

Article neuvième : le ministère de l’Économie ne dictera plus ses besoins au ministère de l’Éducation. Dorénavant, le ministre de l’Économie donnera tous les moyens nécessaires à l’Éducation nationale pour réussir sa vocation.

17.04.2008

Se résoudre aux adieux - Philippe Besson

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« Aimer, ce n’est pas emprunter des routes toutes tracées et balisées, c’est avancer en funambule au dessus des précipices et savoir qu’il y a quelqu’un au bout qui dit d’une voix douce et calme : avance, continue d’avancer, n’aie pas peur. Tu vas y arriver, je suis là »


« Se résoudre aux adieux », c’est un sujet banal, traité des milliers de fois. Un couple se sépare, on essaie de surmonter son chagrin. Les plus belles histoires en littérature sont des histoires d’amour. Avec ce roman paru en janvier 20007, Philippe Besson n’est tombé dans un aucun piège et a réalisé un ouvrage magnifique, un coup de coeur que je n’oublierai pas de sitôt.
Louise est amoureuse de Clément, mais il la quitte pour Claire, la femme qu’il avait quittée pour Louise. Cette dernière, chroniqueuse, décide donc de fuir de Paris, d’abord direction Cuba et La Havane. Mais même au bout du monde, rien ne la détourne de ses pensées pour son amant. Elle décide de lui écrire de longues lettres. Au début, ce sont des appels, des bouteilles à la mer, de vrais SOS. Puis l’évidence s’imposera : c’est pour elle-même que Louise écrit ces lettres, inévitable étape de son procesus de guérison.

« Oui, je me doutais que tu ne répondrais pas. Cependant, contre l'évidence, et même contre la raison, je cherchais à n'exclure aucune hypothèse. Sans me l'avouer, je songeais : un courrier de lui est hautement improbable mais pas tout à fait impossible. Tu vois, en dépit de mes affirmations, je n'en ai pas encore terminé avec l'espoir. »

Car en effet, les réponses de Clément n’arriveront jamais. On ne saura même pas s’il les lit. Après Cuba, Louise file vers New York puis Venise, l'Orient Express et même Paris où s'achève son exil. Ses lettres, poignantes et émouvantes évoquent les souvenirs de ce couple amoureux, les jours heureux et les disputes, les espoirs et l’abandon. On vit avec pudeur ses états d’âmes, ses doutes la force de cette formidable histoire qu’elle a vécue avec Clément, et la violence de la rupture.

« J’aurai pû te faire des reproches, des scènes même, mais ce n’est pas mon genre, je tiens en horreur les gens qui se donnent en spectacle ainsi que les récriminations ostentatoires. Je m’enfermais chez moi, je débranchais le téléphone, je me passais de vieux films en vidéo. Il y en a que je ne suis même plus capable de revoir car ils me ramènent inévitablement à ces heures de détresse. Paris Texas par exemple. Oui, il m’est devenu impossible de regarder Paris Texas. J’ai même cessé d’essayer »

On la voit analyser les étapes de sa relation, regrettant des attitudes, se souvenant des mots et des silences, décortiquant ce qui aurait pu changer le cours de l’histoire. On a mal avec elle. On espère avec elle. Et on revit avec elle quand elle rencontre un autre homme avec qui elle veut faire sa vie.

« Aujourd’hui, avec le retour de l’été, avec la belle lumière, les reflets dans les fenêtres entrouvertes, j’ai l’impression que Paris ressemble à une peinture de Bonnard. C’est éclatant »

Jusqu’au bout, on va croire à une possible rencontre avec Clément. Elle n’arrive que dans ses pensées. Décrite dans une formidable fin pourtant sans surprises, cette rencontre et le dialogue qui s’installe entre les deux donnent lieu à un véritable bijou de littérature qui tient en haleine à la seule force du style. Un paragraphe superbe de 4 pages, d’un seul tenant, sans pause, où l’on retient son souffle pour aller jusqu’au bout avec la même émotion que Louise. Un final absolument époustouflant.


« Je pense qu’il faut régler son passé, il faut arriver à le ranger dans un beau livre d’images que l’on pourra plus tard regarder avec nostalgie. Le but est de faire en sorte que son passé ne fasse plus mal. On n’oublie rien, on vit avec ses souvenirs et on essaye de les dominer pour qu’ils ne nous blessent plus. » ; Philippe Besson.

12.04.2008

Camarades de classe - Didier Daeninckx

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Grands plaisirs à la Fnac en ce mois de mars ; d’abord celui de voir les sorties prochaines des nouveaux albums de Grand Corps Malade et Cabrel, d’un live des Fatal Picards et d’un nouveau roman signé d’Alexandre Jardin, que je me dois de lire car je suis nostalgique de son formidable « Fanfan » que j’avais adoré à sa sortie en 1993 et qui doit être mon premier roman contemporain «Qui dit que je suis fou, ne l'a jamais été d'amour.»

Ensuite, plaisir encore en repartant des caisses avec « camarades de classe », le dernier Didier Daeninckx en main. Je n’ai jamais été déçu par les oeuvres de cet écrivain engagé qui mêle avec succès politique et polar, histoires vraies et fiction. « Meurtres pour mémoire » est pour moi une référence absolue, un monument d’Histoire qui met à la lumière l’affreux massacre des Algériens en Octobre 61 orchestré par Papon, et l’avant-dernier en date, « Histoire d’un salaud ordinaire » est un magnifique pamphlet sur 40 ans d’histoires de France entre Vichy et Algérie, trahisons et manigances.

Dans « camarades de classe », la narratrice, Dominique, est une femme bien dans sa peau, bientôt la soixantaine, qui œuvre avec succès dans la publicité. Elle tourne des spots au Maroc avec Zidane et Chabat ou fait des campagnes de communications pour le Conseil Régional du Nord Pas de Calais ;-). Son mari, François, est cadre dans un grand groupe pharmaceutique, mais son poste est menacé à cause d’une restructuration, et cette perspective le mine. Un jour, Dominique intercepte un peu par hasard un e-mail destiné à son mari, et provenant d'un ancien ami de lycée qui tente de renouer le contact grâce au site internet, 'camaradesdeclasse.com'. Dominique répond à l'insu de son mari et se retrouve au cœur des destins et des confidences de ces camarades de lycée des années pré-1968. S’y affrontent les visions contradictoires du même passé, les divergences de vues entre les agités de Mai 1968 et les communistes, les incompatibilités d’humeur, les jalousies, la guerre d’Algérie…
À certains moments, c’est du Daeninck pur et dur, au cœur des luttes libertaires et révolutionnaires, au cœur de la jeunesse qui pouvait « mourir a 30 ans », revisitant avec vérité les points noirs de notre histoire. Par contre, je suis resté aussi parfois sceptique sur ce même Daeninckx modernisé par Internet et par les outils d’aujourd’hui et qui perd peut-être un peu de sa « violence » et de sa passion. D’autre part, en spécialiste du suspens qu’il est, il nous livre un final très surprenant, voire saisissant, un peu étrange.. et que je vous laisserai juger par vous-mêmes tant il me laisse très pensif…
Au final, c’est un livre qui se lit avec un vrai plaisir…mais que j’oublierai bien plus vite que les monuments précités.

11.04.2008

L'égoiste romantique - Frederic Beigbeder

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Je croyais que j’adorais Beigbeder. En tout cas, je suis absolument fan de "L’amour dure trois ans", de" 99 francs" et "Windows on the world" est l’un de mes romans préférés. Je m’en excuse auprès de ceux que je déçois. Sincèrement. À un degré moindre, certains passages d’"Au secours pardon" m’avaient enthousiasmé, et notamment ceux où il parle d’amour. Et c’est vrai que "Vacances dans le coma" et "Mémoires d’un jeune homme dérangé" ne m’avaient pas laissé un souvenir impérissable.
Mais là ! Quelle déception a la lecture d’un opus que j’avais oublié d’acheter à sa sortie (encore heureux : j’ai gagné 10 euros !) : l’égoïste romantique, où Beigbeder écrit sous le patronyme d’oscar Dufresne un pseudo journal où il alterne tout ce qui lui passe par la tête et par la queue. Anecdotes de la vie des nuits parisiennes, rencontres en discothèques, soirées mondaines, jolies filles, et parfois quelques observations sur le minuscule monde qui entoure Beigbeder. Sur quelques lignes en effet, au détour d’un rail de coke, on peut apprécier quelques réflexions sur la société, la politique, l’amour (qui reste sans doute le domaine dont il parle mieux)…. Mais c’est beaucoup trop peu. Mais c’est quoi son monde à lui?
On se contentera donc de quelques anecdotes drôles, de jolies tournures de phrases et de quelques réflexions lucides, dont celle-ci : "A tous les critiques que je déçois, je voudrais, une fois pour toutes, dire que je suis d'accord avec eux. Moi aussi, j'aimerais bien que mes livres soient meilleurs." Moi, je ne suis pas critique, je suis lecteur, je trouve que Beigbeder est un personnage touchant, je suis sûr que l’on ne peut pas écrire " Windows on the world" sans émotion et sans un talent que l’on fait exploser à travers les pages. Malheureusement, ce n'est pas le même Beiogbder que l'on aperçoit à travers ce journal intime presque facile, parfois plaisant, mais tellement inutile et où l’on tourne en rond si longtemps sans trouver d’issue autre que la déception.
Plus que jamais, j’attends le prochain avec impatience.

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