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01.03.2008

Un homme accidentel

303278905.jpg.3.jpgUn homme accidentel
Philippe Besson


Etrange sensation a la lecture de ce roman. Un simple malaise, mais comme on aime parfois en avoir. D’ailleurs, ne lit-on pas pour ça. ? Je ne suis pas encore bien sur d’avoir aimé ce 9ème roman de Philippe Besson, mais je suis sûr d’une chose : j’ai dévoré ce roman comme rarement j’en ai dévoré, et il est loin de m’avoir laissé indifférent.
Le narrateur est un jeune flic de Los Angeles, qui vit heureux avec son épouse, Laura, qui va d’ailleurs lui donner un enfant dans quelques semaines.

« Moi, j'étais juste un type sans histoire. (...) J'avais été affecté dans les beaux quartiers, sur les hauteurs de la ville, Beverly Hills, ça fait rêver pas mal de gens. »



Lors d’une enquête sur la mort d’un prostitué retrouvé mort dans les beaux quartiers, un indice l’amene à rencontrer un suspect potentiel, Jack Bell, qui se révèle être un jeune et séduisant acteur devenu la coqueluche d’Hollywood après plusieurs succès au cinéma. Entre eux deux se produit plus qu’un coup de foudre, « un accident » : une relation secrète passionnelle, violente, féroce qui va les mener au bout de nulle part ; mais sans regrets, car remplie de moments magnifiques de bonheur, de tendresse, de complicité inconnues. Cette folie amoureuse est toutefois parfaitement décrite avec une écriture hachée, vive, âpre. On pourra d’ailleurs débattre de la description réaliste (voire très crue) de la scène de sexe, qui m’a -a titre personnel- mis assez mal à l’aise, alors que j’avais « subi », plutôt avec succès, les scènes parfois plus chaudes et plus féroces des « Bienveillantes ».
« Un homme accidentel » accumule aussi les situations improbables et les clichés du décor californien et la galerie de personnages vues et revues dans les séries policières que l’on connaît par cœur. On y découvre l’Amérique que l’on a déjà vue, celle qui nous agace ; celle que l’on n’aime pas, faite de motels crasseux, de stars hollywoodiennes, de crimes, de prostitutions…
J’ai cherché à comprendre comment un écrivain comme Besson pouvait tomber dans un piège pareil… En fait, ce roman intense et dérangeant nous parle de comment on peut faire exploser sa vie par passion, parce que quelque chose s'empare de nous et que l'on ne peut contrôler cela. Ne nous y trompons pas, ce n’est pas un livre sur l’homosexualité. C’est un livre sur la transgression de l’ordre établi et sur ce phénomène d’impossibilité de revenir en arrière, alors que l’on sait que l’on fonce vers une inexorable chute. Et c’est dans cette compréhension de l’histoire que l’on comprend mieux les clichés, les exagérations, les improbabilités. L’important n’est pas le décor, mais l’aventure de cette pulsion intérieure, de ce désir absolu, qui est idéalement bien décrite dans ce plus beau passage du roman: « le manque de lui » :

« Et puis, le manque est arrivé, dans le moment où je m’y attendais le moins, il arrivé alors que j’avais presque fini par croire à mon amnésie. C’est terrible, la morsure du manque. Ca frappe sans prévenir, l’attaque est sournoise tout d’abord, on ressent juste une vive douleur qui disparaît presque dans la foulée, c’est bref, fugace, ça nous plie en deux mais on se redresse aussitôt, on considère que l’attaque est passée, on n’est même pas capable de nommer cette effraction, et pourquoi on la nommerait, on n’a pas eu le temps de s’inquiéter, c’est parti si vite, on se sent déjà beaucoup mieux, on se sent même parfaitement bien, tout de même on garde un souvenir désagréable de cette fraction de seconde, on tente de chasser le souvenir, et on y réussit, la vie continue, le monde nous appelle, l’urgence commande. Et puis, ça revient, le jour d’après, l’attaque est plus longue ou plus violente, on ploie les genoux, on a un méchant rictus, on se dit : quelque chose est à l’oeuvre à l’intérieur, on pense à ces transports au cerveau qui annoncent les tumeurs, qui sont le signal enfin visible de cancers généralisés jusque-là insoupçonnables, on éprouve une sale frayeur, un mauvais pressentiment. Et puis, le mal devient lancinant, il s’installe comme un intrus qu’on n’est pas capable de chasser, il est moins mordant et plus profond, on comprend qu’on ne s’en débarrassera pas, qu’on est foutu. Oui, un jour, le manque est arrivé. Le manque de lui. »

On va se laisser persuader par le talent de l’écrivain et se dire que les extraits de ce type là s’envolent parce que, justement, on a minimisé tout le décorum. Ou alors, on peut rêver aussi à ce qu’ aurait pû être « Un homme accidentel » si le roman avait été en permanence de cette trempe là.
Allez, je me lance, « un homme accidentel » est à lire. Avec évidence.

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