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16.02.2008

Dans le café de la jeunesse perdue

Dans le café de la jeunesse perdue – Patrick Modiano

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Je n’avais jamais lu aucun roman de Patrick Modiano ; Ecrivain suffisamment célèbre pourtant pour que l’éditeur Gallimard utilise son nom seul afin d’orner la célèbre bande rouge qui entoure les couvertures de romans. Habituellement, on peut y lire « Goncourt, Renaudot, Fémina…. Ici, Modiano. Comme une marque de fabrique. Une évidence.
Mais, alors que je suis souvent sensible à ces signes de marketing ;-), c’est le titre du roman en lui-même qui m’a donné l’envie de le lire. Un véritable appel aux souvenirs, un hymne à une certaine ambiance : « Dans le café de la jeunesse perdue », un titre aux résonances déjà envoûtantes.

Ce café, « amalgame de plusieurs cafés de l’époque qui n’existent plus car ils ont été remplacés par des magasins de luxe » expliquera Modiano, on saura bientôt qu’il s’appelle « le Condé ». L’auteur n’attend pas longtemps pour nous le faire découvrir, dès la première phrase, en même temps qu’il nous fait rentrer par la porte de l’ombre dans l’univers de Louki : « Des deux entrées du café, elle empruntait toujours la plus étroite, celle qu’on appelait la porte de l’ombre. » On a compris, ce moment avec Modiano sera grave, mystérieux, voire troublant. Les phrases sont posées, les mots sont lourds, précieux, appliqués.

Nous sommes dans le quartier de l’Odéon, dans ce café du VIe arrondissement, dans ce Paris mythique du début des années 60. Louki, est celle qui « accroche la lumière », et qui semble venir se protéger dans ce café où se réunit une bande hétéroclite faite d’intellectuels, d’étudiants, d’écrivains, d’artistes. L’ensemble de l’histoire de cette Louki, de son vrai nom Jacqueline Delanque, va nous être raconté par quatre personnes: un jeune homme qui suit des cours à l’Ecole des Mines, un détective privé à la recherche de Jacqueline, Louki elle-même, et enfin par un certain Roland, son amant, écrivain à la recherche des « zones neutres » de Paris, dans lesquelles il aime se balader avec Louki. De ces personnages, on ne sait pas grand chose, quelques bribes d’informations, quelques anecdotes, presque rien.

À travers ces quatre narrateurs, nous apprendrons l’histoire de Louki, avec un passé lourd de secrets et de non dits, entre paradis artificiels et milieux infréquentables, l’histoire d’une fuite vers nulle part. « Plus tard, j’ai ressenti la même ivresse chaque fois que je coupais les ponts avec quelqu’un. Je n’étais vraiment moi-même qu’à l’instant où je m’enfuyais. Mes seuls bons souvenirs sont des souvenirs de fuite ou de fugue. »


L’écriture de Modiano, « trop lisse, trop propre », « trop ciselée » diront certains m’a absolument convaincu, et surtout ému. Certes, je n’y retrouve pas la douleur intérieure, la rage, la passion que j’aime retrouver en littérature, mais je me suis laissé envoûter par ce Paris que j’aurais aimé connaître et cette Louki que j’aurais aimé sauver.

Simplement sous le charme.

08.02.2008

Baisers de Cinéma

Baisers de cinéma – Eric Fottorino



La lecture nous permet des moments fascinants, des instants de pure merveille où l’on plonge avec sourire, tendresse, mélancolie dans un tas d’univers différents. Des univers que l’on découvre, dont on rêve, qui nous fascinent, nous passionnent, nous font peur aussi parfois. Les « baisers de Cinéma » d’Eric Fottorino font tout cela à la fois : un régal.

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Avocat, Gilles Hector a pour père un talentueux éclairagiste de cinéma, un génie de la pellicule, professionnel reconnu, aimé et sans doute amant de nombreuses stars du cinéma. « Je ne sais rien de mes origines. Je suis né à Paris de mère inconnue et mon père photographiait les héroïnes. Peu avant sa mort, il me confia que je devais mon existence à un baiser de cinéma. »
Gilles Hector va alors se mettre à fréquenter avec passion les salles de cinéma d’art et d’essai, et à y deviner à travers les traits d’une actrice le portrait de sa mère. A l’époque de cette quête, il rencontre une femme mystérieuse, Mayliss, mariée, très mariée avec un mari très amoureux, et mère d’une enfant. Il vit avec cette femme énigmatique et fragile une passion fusionnelle et destructrice : « Il n’étais pas question d’amour. C’était plus grave encore. Mayliss inspirait l’envie d’aimer et la mort qui vient parfois avec cette envie. »
Car Gilles qui vivait jusque là une histoire en noir et blanc, à l’ombre des films de son père, se met à y mettre un peu de couleurs. Celles-ci s’assombriront malheureusement, l’attente surplombant l’espoir, la présence ne comblant pas les absences. « Je n’ étais pas amoureux. J’étais intoxiqué » se rendra t-il compte.
C’est pourtant une vraie et belle histoire d’amour, et Fottorino la décrit avec beaucoup de tendresse,ces petits moments d’un quotidien devenant subitement magique.
Dans ce roman, comme dans un film, on passe entre de multiples séquences que l’auteur décide d’éclairer en noir, en blanc, parfois en couleurs : les secrets, les non-dits, les anecdotes, la passion. C’est un livre qui se lit et se regarde, qui s’apprécie aussi les yeux fermés ou plongés dans un Paris romantique.
Véritable hommage appuyé à la Nouvelle Vague et au 7ème art, Baisers de cinéma laisse, indiscutablement, une belle empreinte au cœur. Quelque chose d’enchanteur.