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28.12.2007

Benazir et Carla

Deux articles lus dans la presse ce jour. Et derrière les mots, deux portraits de femme.
Plus précisément une chronique de Bernard Henri Lévy sur l'assassinat de benazir Bhutto, texte d'espoir malgré tout, et beaucoup plus anecdotique, la lettre d'un lecteur à Carla Bruni. Triste, drôle..

Ils ont tué Massoud, Daniel Pearl, ils ont tué Benazir
BERNARD-HENRI LÉVY philosophe, directeur de la Règle du jeu.
In LIBERATION, le vendredi 28 décembre 2007

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C’est une femme, d’abord, qu’ils ont tuée. Une femme belle. Une femme visible, et même ostensiblement, spectaculairement visible. Une femme qui mettait son point d’honneur, non seulement à tenir meeting dans l’un des pays les plus dangereux du monde, mais à le faire à visage découvert, dévoilé - l’exact contraire de ces femmes honteuses, cachées, créatures de Satan et donc damnées, qui sont les seules femmes que tolèrent ces apôtres d’un monde sans femmes.
Ils ont tué un Juif avec Daniel Pearl.
Ils ont tué un musulman modéré, un lettré, un esprit libre, avec le commandant Massoud.
Ils ont tenté, avec Salman Rushdie, de tuer, pendant des années, un homme qui osait dire qu’être homme c’est aussi, parfois, choisir de choisir son destin.
Eh bien, avec BB, Benazir Bhutto, ils ont tué un peu tout cela ; mais ils ont aussi tué une femme, cette femme, ils ont éteint cette intolérable provocation qu’était l’éclat de ce visage montré, juste montré, exposé dans sa nudité sans défense et magnifiquement éloquente - ils ont tué celle qui, parce qu’elle était cette femme, parce qu’elle était ce visage de femme à la fois démuni et d’une force sans réplique, parce qu’elle vivait son destin de femme en refusant cette malédiction qui pèse, selon ces nouveaux fascistes que sont les jihadistes, sur le visage humain des femmes, ils ont tué, donc, celle qui était l’incarnation même de l’espoir, de l’esprit et de la volonté de démocratie, non seulement au Pakistan, mais en terre d’islam en général.
Pervez Musharraf était un faux adversaire d’Al-Qaeda. Il feignait de les combattre alors que, par son double jeu, ses alliances occultes, sa façon de tenir sous le coude son stock de terroristes et de les lâcher un à un, au compte-gouttes, selon les besoins de son alliance compliquée avec son grand ami américain, il faisait leur jeu en sous-main.
Benazir, si elle avait gagné, que dis-je ? si elle avait vécu, simplement vécu, n’aurait cessé de dire, par sa vie même, son être, sa présence, bref, son témoignage, qu’elle était leur adversaire résolue, absolue, irréductible : elle était, pour ces gens, une menace, mieux que politique, ontologique ; elle ne leur aurait pas fait de quartier, ils le savaient, ils l’ont tuée.
Je repense à elle, cet après-midi de décembre 2002, à Londres, à l’époque où j’enquêtais sur la mort de Daniel Pearl et, donc, sur cette poudrière, cette base arrière d’Al-Qaeda, parfois même cette base avancée qu’était déjà le Pakistan : belle, oui ; incroyablement courageuse dans sa volonté, coûte que coûte, de revenir dans ce pays qui lui avait déjà arraché, dans un parfum de tragédie shakespearienne, ses deux jeunes frères et son père.
Je revois son père, Zulfikar Ali Bhutto, il y a trente-cinq ans maintenant, juste avant la libération du Bangladesh et l’éclatement de ce Pakistan dont il était déjà le Premier ministre - je le revois tel qu’il était alors, ignorant du destin qui l’attendait, élégant, raffiné, pakistanais et anglophile, musulman et occidental, croisée vivante des deux cultures, enfant naturel et réussi de deux grands lignages culturels dont nul, en ce temps-là, n’imaginait que tant de forces allaient, si vite, tenter de les opposer.
Ils étaient, ces gens, le sel de la terre pakistanaise.
Ils étaient de ceux qui pouvaient empêcher, non seulement ce pays, mais cette région du monde de sombrer dans le chaos.
Benazir Bhutto est morte et, un peu comme le 9 septembre 2001, jour de la mort de Massoud, je ne peux m’empêcher de m’interroger sur le scénario macabre qu’ont, forcément, en tête ses assassins - je ne peux m’empêcher de me demander de quoi cet événement énorme, cet autre coup de tonnerre, peut bien être le prélude.
La meilleure façon de répondre c’est d’agir, et d’agir vite. La meilleure, la seule façon de répliquer à ce nouveau et terrible défi c’est de donner, tout de suite, toute son importance symbolique à l’événement.
Mme Bhutto sera inhumée dans les tout prochains jours dans ce pays martyr qu’est, plus que jamais, le Pakistan.
Il faut que soient là, pour l’accompagner dans ce voyage ultime, Angela Merkel, George Bush, Gordon Brown, les autres.
Il faut que notre président, Nicolas Sarkozy, consente à interrompre ses vacances pour aller dire, au cœur de cette fournaise où une religion devenue folle nourrit de plus en plus souvent le crime, que l’espérance des peuples est moins, comme il l’a imprudemment déclaré il y a quelques jours, dans la foi que dans la démocratie et le droit.
Il faut que derrière la dépouille de cette grande dame, comme jadis derrière celle d’Anouar al-Sadate ou de Yitzhak Rabin, soit présent le plus grand nombre possible de chefs de gouvernement et d’Etat, faisant de cette célébration funèbre une manifestation silencieuse et mondiale en faveur des valeurs de la démocratie et de paix.
Benazir Bhutto n’était chef ni de gouvernement ni d’Etat ? C’est vrai. Mais elle était davantage. Elle était un symbole. Et elle est, désormais, un étendard. Derrière son nom vont désormais se ranger tous ceux qui n’ont pas fait leur deuil de la liberté en terre d’islam. Et derrière son linceul doivent, d’ores et déjà, se tenir et se recueillir tous ceux qui croient encore que l’emportera, en Islam, le bon génie des Lumières sur celui du fanatisme et du crime.

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Chère Carla,
JEAN-BAPTISTE CASANOVA enseignant.
In LIBERATION le vendredi 28 décembre 2007

«Jusqu’à ce jour, je ne me suis guère préoccupé de votre vie sentimentale. Kierkegaard, de peur de dénaturer un amour parfait, avait décidé de le fuir, j’ai, pour ma part, préféré garder cette grâce par-devers moi. Dès lors, pourquoi sortir de cette réserve ? Sans doute car je me suis fait une certaine idée de la France et de l’Italie. J’ignore les raisons de votre cœur, mais laissez-moi au moins vous ouvrir les yeux sur un point précis. Cet homme est d’une vulgarité confondante.
A-t-on idée de se rendre au Vatican avec Jean-Marie Bigard ? Est-il permis de consulter ses SMS pendant qu’un vieux jeune hitlérien déguisé en arbre de Noël devise doctement ? En cela rien de nouveau puisque, candidat, je l’ai vu interrompre son discours et descendre de la tribune pour répondre à un appel personnel délaissant un parterre d’élus médusés.
Quels sont donc les mystérieux ressorts de votre idylle ? Vous êtes italienne. Vous aimez l’histoire, la musique, la culture, le beau… Aimez-vous aussi le pouvoir ? Qu’à cela ne tienne puisque notre peuple a élu tant de présidents férus de lettres ou d’arts premiers. Imaginez que l’un d’entre eux était à tel point mordu de poésie qu’il ne se rendit pas même compte que c’était la guerre et que nous étions occupés. Pourtant, tous à leurs mesures ont été à l’image de la France.
Hélas, je me refuse à reconnaître à notre président cette qualité. Pensez que pour lui, et au mieux, Rachmaninov et Maïakovski forment la future paire d’attaquants russes du PSG tandis que della Francesca et Donato Bramante lui évoquent plus certainement encore les dernières tendances de la mode milanaise. Pendant des années, nous avons observé narquois le cirque médiatique et la dérive affairiste de Berlusconi. Effarés, et attristés, parce qu’il en allait du peuple. Cela dit, Silvio n’aurait jamais eu le mauvais goût de vous exhiber à Disneyland. Et si d’aventure il avait décidé de vous emmener en yacht, il n’aurait point eu besoin de s’en faire prêter les clés.
Peuple de France, oublie aujourd’hui Kadhafi, tes charters et tes banlieues. Regarde dans Paris Match et Voici ton visage. Que faire ? Tout simplement croire en votre nature profonde, puisque vous avez déclaré récemment être monogame par intermittence. Pour vous, et je le conçois aisément, la passion amoureuse dure parfois quelques années, mais la passion physique jamais plus de quelques semaines.
Quoi qu’il en soit, je vous souhaite bien du plaisir.»


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12.12.2007

Alabama Song

Alabama Song
Gilles Leroy
prix Goncourt 2007


Montgomery, Alabama, 1918. Quand Zelda, rencontre le lieutenant Scott Fitzgerald, sa vie prend un tournant décisif. Zelda, élevé dans un grand puritanisme appartient à l’aristocratie de l’Alabama, mais elle se démarque de la famille par sa provocation, son coté fantasque
« Je suis la fille du Juge, la petite fille d’un sénateur et d’un gouverneur : je fume et je bois et je danse et je trafique avec qui je veux. Je suis une salamandre : je traverse les flammes sans jamais me brûler. » Scott Fitzgerald est beau, il porte un uniforme d’aviateur et a la farouche envie de devenir écrivain. Est-ce suffisant pour tomber amoureux ? Peu importe, tous les deux se séduisent immédiatement. Zelda aime t-elle vraiment Scott ou rêve t-elle avant tout d’échapper à son milieu? Le premier roman de Scott est immédiatement un énorme succès. Le couple devient la coqueluche du tout New York, mais propulsés dans une autre vie, ils ne tardent pas à se brûler les ailes...
Et c’est là que Gilles Leroy se met dans la peau de Zelda. Il choque, il cogne, il rage, il aime, il traverse avec violence la tragédie d’une femme qui tente de s’exprimer par la danse, la peinture, l’écriture, sous l’ombre d’un mari qui la renvoie à son rôle de « femme de… ».

« Cette folie à deux, ce n'était pas de l'amour » finira par écrire la Zelda de Leroy. Elle vivra pourtant une courte parenthèse de bonheur dans les bras d'un pilote français. C'est tout. Sa fin est à l'image de sa vie : elle meurt brûlée à 47 ans dans l'hôpital psychiatrique où elle soignait sa schizophrénie.

En utilisant la première personne du singulier, Gilles LEROY est allé au bout de sa propre attirance pour Zelda en écrivant à sa place cette biographie inventée, faite d’inventions et de fait réels et où ne sait plus bien déméler le vrai du faux, le possible du délire. Il nous balade aussi dans la folie de Zelda, passant d’une anecdote ou d’une époque à une autre avec légéreté et brio, dans un style vif et rythmé qui faut d’Alabama Song une mélodie éternelle.
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