03.07.2008

Ingrid Betancourt libérée, Ségolène royal déplacée

Ingrid Betancourt libérée, Ségolène royal déplacée

Ingrid Betancourt vient d’être libérée. Beaucoup de sites d’information très bien conçus nous donnent toute l’info à savoir, et je vous laisse les parcourir et découvrir (ou redécouvrir) notamment cette fameuse et émouvante lettre écrite il y a quelques mois à sa mère. Ces images, ces paroles, ces embrassades sont de vrais moments de bonheur… Je voulais juste réagir à chaud sur une déclaration que vient de faire Ségolène Royal, en visite au Quebec. Ci-dessous l’extrait de Libé :
« L'ancienne candidate à la présidentielle socialiste Ségolène Royal estime que le président Nicolas Sarkozy n'est "absolument pour rien" dans la libération d'Ingrid Betancourt, affirmant qu'"une récupération politique serait décalée". "Tout le monde le sait, c'est une opération colombienne rondement menée qui a bien marché, qui prouve que les négociations avec les Farc étaient inutiles et n'avaient débouché sur rien", a estimé Mme Royal en visite à Québec pour le 400e anniversaire de la ville. "Nicolas Sarkozy n'a été absolument pour rien dans cette libération", a-t-elle ajouté devant un petit groupe de journalistes. »

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Cette femme est insupportable. Socialiste convaincu, je ne peux plus supporter qu’elle porte mes idées. J’ai consulté les sites et lu pas mal de choses ces dernières heures, il ne me semble pas que le président français se soit accordé un quelconque mérite sur ce sujet. L’Elysée a même reconnu que l’intervention colombienne leur était inconnue ! Tout le monde sait que je suis loin d’être un sarko-fan, mais encore une fois, l’ex candidate nous montre une incapacité totale à maîtriser sa haine de Sarkozy et une profonde méconnaissance (s’il était besoin) des problématiques et enjeux internationaux. Et en ces jours de bonheur, de paix et d’espoir, est-ce le moment de polémiquer ? Même Jean-Marie Le Pen ne l’a pas fait !

Et une nouvelle fois, c’est François Hollande qui fut à la hauteur de l’événement, et ses déclarations l’honorent.

Morceaux choisis sur le site de Libé :

François Hollande :
« le chef de l'oppposition socialiste François Hollande s'est dit "très heureux" pour Ingrid Betancourt et "toute sa famille", remerciant "tous ceux qui ont participé à cette libération". » Il souligne sur France Info le rôle de la diplomatie française dans la libération d'Ingrid Betancourt, une cause qui a dépassé «les clivages, les sensibilités»

Claude Guéant, secrétaire général de l’Elysée :
Claude Guéant, secrétaire général de l'Elysée, confirme que la France n'a «pas pris part» à l'opération de mercredi. «Nous n'avons pas été surpris, dans la mesure où "l'idée de manœuvre", comme disent les militaires, était connue et nous avait été communiquée par les autorités colombiennes voici déjà plusieurs mois» mais «il est vrai que nous ne l'attendions pas à ce moment-là».


Ingrid Betancourt
Je veux (...) dire merci au président Sarkozy qui a tant lutté pour moi, avec ma famille, mes enfants, avec maman, ma soeur", a dit Ingrid Betancourt, dans son message retransmis par les télevisions françaises.


18.04.2008

Moi, Albert Jacquard, ministre de l'éducation, je décrète

Le 22 mars 1999, Albert Jacquard faisait paraître cette tribune dans l’Humanité. Longtemps, j’ai affiché la page sur les murs de ma chambre d’étudiant à Lille. J’ai retrouvé ce texte grâce à Internet. J’adore ce Monsieur. Simplement.
Mais c’était déjà il y a 9 ans…
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Moi, Albert Jacquard, ministre de l’Éducation, je décrète :
Par Albert Jacquard

Préambule : L’Éducation nationale ne doit pas préparer les jeunes dont l’économie ou la société ont besoin. La finalité de l’éducation est de provoquer une métamorphose chez un être pour qu’il sorte de lui-même, surmonte sa peur de l’étranger, et rencontre le monde où il vit à travers le savoir. Moi, ministre de l’Éducation nationale, je n’ai qu’une obsession : que tous ceux qui me sont confiés apprennent à regarder les autres et leur environnement, à écouter, discuter, échanger, s’exprimer, s’émerveiller. À la société de s’arranger avec ceux qui sortent de l’école, aux entreprises d’organiser les évaluations et la formation de leur personnel à l’entrée des fonctions. Il faut que les rôles cessent d’être inversés : l’éducation nationale ne produira plus de chair à profit.

Article premier : Il faut supprimer tout esprit de compétition à l’école. Le moteur de notre société occidentale est la compétition, et c’est un moteur suicidaire. Il ne faut plus apprendre pour et à être le premier.

Article deuxième : L’évaluation notée est abandonnée. Apprécier une copie, ou pire encore, une intelligence avec un nombre, c’est unidimentionnaliser les capacités des élèves. Elle sera remplacée par l’émulation. Ce principe, plus sain, permettra la comparaison pour progresser, et non pour dépasser les camarades de classe. Mettre des mots à la place des notes sera plus approprié.

Article troisième : Les examens restent dans leur principe, sachant que seuls les examens ratés par l’élève sont valables. Ils sont utiles aux professeurs pour évaluer la compréhension des élèves. Mais les diplômes ou les concours comme le baccalauréat sont une perte de temps et sont abolis. Sur tous les frontons des lycées figurera l’inscription : " Que personne ne rentre ici s’il veut préparer des examens. "

Article quatrième : Les grandes écoles (Polytechnique, l’ENA…) sont remises en question dans leur mode de recrutement. La sélection, corollaire nécessaire de la concurrence, et qui régissait l’entrée dans ces établissements, ne produisait que des personnalités conformistes, incapables de créativité et d’imagination. Pour entrer à l’ENA, des jeunes de vingt-cinq ans devaient plaire à des vieux de cinquante ans. Ce n’était pas bon signe.

Article cinquième : Les enseignants n’ont plus le droit de se renseigner sur l’âge de leurs élèves. Les dates de naissances doivent être rayées de tous les documents scolaires, sauf pour le médecin de l’école. Il n’est plus question de dire qu’un enfant est en retard ou en avance, car c’est un instrument de sélection. Chacun doit avancer sur le chemin du savoir à son rythme, et sans culpabilisation ou fierté par rapport aux camarades de classe. Par contre, un professeur a le devoir de demander à l’élève ce qu’il sait faire pour adapter son enseignement, éventuellement programmer un redoublement. Le redoublement est d’une réelle utilité s’il n’a pas de connotation de jugement.

Article sixième : Chaque professeur sera assisté d’un professeur de philosophie. Il faut en effet doubler l’accumulation des connaissances d’une approche par les concepts. Il faut en particulier passer par l’histoire des sciences, resituer les connaissances par rapport aux erreurs historiques d’interprétation des savoirs. Il faut que les élèves aient conscience des enjeux politiques qui se cachent derrière le progrès scientifique. On pourra rester quelques semaines sur un même concept, plutôt que de saupoudrer du savoir dans chaque cours.

Article septième : Le travail des professeurs par disciplines est annulé au profit du travail en équipe. La progression du travail des classes ne doit pas être perturbée par des impératifs de programme.

Article huitième : Chaque personne disposera dans sa vie, vers la fin de la trentaine, de quatre années sabbatiques afin de faire le point, se réorienter, apprendre d’autres choses. Chacun a le droit de vouloir changer de métier ou de vocation, parce qu’il n’est pas évident de se déterminer définitivement à dix-huit ans.

Article neuvième : le ministère de l’Économie ne dictera plus ses besoins au ministère de l’Éducation. Dorénavant, le ministre de l’Économie donnera tous les moyens nécessaires à l’Éducation nationale pour réussir sa vocation.

28.12.2007

Benazir et Carla

Deux articles lus dans la presse ce jour. Et derrière les mots, deux portraits de femme.
Plus précisément une chronique de Bernard Henri Lévy sur l'assassinat de benazir Bhutto, texte d'espoir malgré tout, et beaucoup plus anecdotique, la lettre d'un lecteur à Carla Bruni. Triste, drôle..

Ils ont tué Massoud, Daniel Pearl, ils ont tué Benazir
BERNARD-HENRI LÉVY philosophe, directeur de la Règle du jeu.
In LIBERATION, le vendredi 28 décembre 2007

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C’est une femme, d’abord, qu’ils ont tuée. Une femme belle. Une femme visible, et même ostensiblement, spectaculairement visible. Une femme qui mettait son point d’honneur, non seulement à tenir meeting dans l’un des pays les plus dangereux du monde, mais à le faire à visage découvert, dévoilé - l’exact contraire de ces femmes honteuses, cachées, créatures de Satan et donc damnées, qui sont les seules femmes que tolèrent ces apôtres d’un monde sans femmes.
Ils ont tué un Juif avec Daniel Pearl.
Ils ont tué un musulman modéré, un lettré, un esprit libre, avec le commandant Massoud.
Ils ont tenté, avec Salman Rushdie, de tuer, pendant des années, un homme qui osait dire qu’être homme c’est aussi, parfois, choisir de choisir son destin.
Eh bien, avec BB, Benazir Bhutto, ils ont tué un peu tout cela ; mais ils ont aussi tué une femme, cette femme, ils ont éteint cette intolérable provocation qu’était l’éclat de ce visage montré, juste montré, exposé dans sa nudité sans défense et magnifiquement éloquente - ils ont tué celle qui, parce qu’elle était cette femme, parce qu’elle était ce visage de femme à la fois démuni et d’une force sans réplique, parce qu’elle vivait son destin de femme en refusant cette malédiction qui pèse, selon ces nouveaux fascistes que sont les jihadistes, sur le visage humain des femmes, ils ont tué, donc, celle qui était l’incarnation même de l’espoir, de l’esprit et de la volonté de démocratie, non seulement au Pakistan, mais en terre d’islam en général.
Pervez Musharraf était un faux adversaire d’Al-Qaeda. Il feignait de les combattre alors que, par son double jeu, ses alliances occultes, sa façon de tenir sous le coude son stock de terroristes et de les lâcher un à un, au compte-gouttes, selon les besoins de son alliance compliquée avec son grand ami américain, il faisait leur jeu en sous-main.
Benazir, si elle avait gagné, que dis-je ? si elle avait vécu, simplement vécu, n’aurait cessé de dire, par sa vie même, son être, sa présence, bref, son témoignage, qu’elle était leur adversaire résolue, absolue, irréductible : elle était, pour ces gens, une menace, mieux que politique, ontologique ; elle ne leur aurait pas fait de quartier, ils le savaient, ils l’ont tuée.
Je repense à elle, cet après-midi de décembre 2002, à Londres, à l’époque où j’enquêtais sur la mort de Daniel Pearl et, donc, sur cette poudrière, cette base arrière d’Al-Qaeda, parfois même cette base avancée qu’était déjà le Pakistan : belle, oui ; incroyablement courageuse dans sa volonté, coûte que coûte, de revenir dans ce pays qui lui avait déjà arraché, dans un parfum de tragédie shakespearienne, ses deux jeunes frères et son père.
Je revois son père, Zulfikar Ali Bhutto, il y a trente-cinq ans maintenant, juste avant la libération du Bangladesh et l’éclatement de ce Pakistan dont il était déjà le Premier ministre - je le revois tel qu’il était alors, ignorant du destin qui l’attendait, élégant, raffiné, pakistanais et anglophile, musulman et occidental, croisée vivante des deux cultures, enfant naturel et réussi de deux grands lignages culturels dont nul, en ce temps-là, n’imaginait que tant de forces allaient, si vite, tenter de les opposer.
Ils étaient, ces gens, le sel de la terre pakistanaise.
Ils étaient de ceux qui pouvaient empêcher, non seulement ce pays, mais cette région du monde de sombrer dans le chaos.
Benazir Bhutto est morte et, un peu comme le 9 septembre 2001, jour de la mort de Massoud, je ne peux m’empêcher de m’interroger sur le scénario macabre qu’ont, forcément, en tête ses assassins - je ne peux m’empêcher de me demander de quoi cet événement énorme, cet autre coup de tonnerre, peut bien être le prélude.
La meilleure façon de répondre c’est d’agir, et d’agir vite. La meilleure, la seule façon de répliquer à ce nouveau et terrible défi c’est de donner, tout de suite, toute son importance symbolique à l’événement.
Mme Bhutto sera inhumée dans les tout prochains jours dans ce pays martyr qu’est, plus que jamais, le Pakistan.
Il faut que soient là, pour l’accompagner dans ce voyage ultime, Angela Merkel, George Bush, Gordon Brown, les autres.
Il faut que notre président, Nicolas Sarkozy, consente à interrompre ses vacances pour aller dire, au cœur de cette fournaise où une religion devenue folle nourrit de plus en plus souvent le crime, que l’espérance des peuples est moins, comme il l’a imprudemment déclaré il y a quelques jours, dans la foi que dans la démocratie et le droit.
Il faut que derrière la dépouille de cette grande dame, comme jadis derrière celle d’Anouar al-Sadate ou de Yitzhak Rabin, soit présent le plus grand nombre possible de chefs de gouvernement et d’Etat, faisant de cette célébration funèbre une manifestation silencieuse et mondiale en faveur des valeurs de la démocratie et de paix.
Benazir Bhutto n’était chef ni de gouvernement ni d’Etat ? C’est vrai. Mais elle était davantage. Elle était un symbole. Et elle est, désormais, un étendard. Derrière son nom vont désormais se ranger tous ceux qui n’ont pas fait leur deuil de la liberté en terre d’islam. Et derrière son linceul doivent, d’ores et déjà, se tenir et se recueillir tous ceux qui croient encore que l’emportera, en Islam, le bon génie des Lumières sur celui du fanatisme et du crime.

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Chère Carla,
JEAN-BAPTISTE CASANOVA enseignant.
In LIBERATION le vendredi 28 décembre 2007

«Jusqu’à ce jour, je ne me suis guère préoccupé de votre vie sentimentale. Kierkegaard, de peur de dénaturer un amour parfait, avait décidé de le fuir, j’ai, pour ma part, préféré garder cette grâce par-devers moi. Dès lors, pourquoi sortir de cette réserve ? Sans doute car je me suis fait une certaine idée de la France et de l’Italie. J’ignore les raisons de votre cœur, mais laissez-moi au moins vous ouvrir les yeux sur un point précis. Cet homme est d’une vulgarité confondante.
A-t-on idée de se rendre au Vatican avec Jean-Marie Bigard ? Est-il permis de consulter ses SMS pendant qu’un vieux jeune hitlérien déguisé en arbre de Noël devise doctement ? En cela rien de nouveau puisque, candidat, je l’ai vu interrompre son discours et descendre de la tribune pour répondre à un appel personnel délaissant un parterre d’élus médusés.
Quels sont donc les mystérieux ressorts de votre idylle ? Vous êtes italienne. Vous aimez l’histoire, la musique, la culture, le beau… Aimez-vous aussi le pouvoir ? Qu’à cela ne tienne puisque notre peuple a élu tant de présidents férus de lettres ou d’arts premiers. Imaginez que l’un d’entre eux était à tel point mordu de poésie qu’il ne se rendit pas même compte que c’était la guerre et que nous étions occupés. Pourtant, tous à leurs mesures ont été à l’image de la France.
Hélas, je me refuse à reconnaître à notre président cette qualité. Pensez que pour lui, et au mieux, Rachmaninov et Maïakovski forment la future paire d’attaquants russes du PSG tandis que della Francesca et Donato Bramante lui évoquent plus certainement encore les dernières tendances de la mode milanaise. Pendant des années, nous avons observé narquois le cirque médiatique et la dérive affairiste de Berlusconi. Effarés, et attristés, parce qu’il en allait du peuple. Cela dit, Silvio n’aurait jamais eu le mauvais goût de vous exhiber à Disneyland. Et si d’aventure il avait décidé de vous emmener en yacht, il n’aurait point eu besoin de s’en faire prêter les clés.
Peuple de France, oublie aujourd’hui Kadhafi, tes charters et tes banlieues. Regarde dans Paris Match et Voici ton visage. Que faire ? Tout simplement croire en votre nature profonde, puisque vous avez déclaré récemment être monogame par intermittence. Pour vous, et je le conçois aisément, la passion amoureuse dure parfois quelques années, mais la passion physique jamais plus de quelques semaines.
Quoi qu’il en soit, je vous souhaite bien du plaisir.»


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